Été 2010: Des baskets aux pédales…la montée impossible?

J-7 à J-1: La Préparation

Tout a commencé avec une blessure lancinante qui depuis plusieurs semaines s’était invitée sur mon tendon d’Achille. A l’époque j’avais pris la (sage?) décision d’interrompre la course à pied durant une quinzaine de jours, ce qui fut le cas durant la première quinzaine de juillet. Mais voilà, malgré ce repos forcé la reprise fut synonyme de désillusion puisque la douleur était restée quasiment la même. Du coup, peu ou pas d’entraînement et un peu le moral dans les chaussettes. Heureusement que je fais de la course à pied car le moral est vite ressorti de celles-ci (c’est plus long quand on fait du foot, alors quand vous faites du ski!…). Bref, les vacances arrivaient à grand pas et le départ était programmé le 13 août, direction les Alpes et le petit village de Villard Reculas, situé à quelques kilomètres de l’Alpe d’Huez.
Vous voyez où je veux en venir…non?!

Bon, j’ai bien un vélo chez moi et il m’est arrivé de le sortir par le passé. D’ailleurs mon premier entraînement de reprise au mois de juillet a été une sortie avec un club du coin, l’A.C.G.T. Une sortie de 3 heures et de 85km à 26km/h de moyenne. J’ai eu les cuisses en feu pendant 3 jours, ce qui fait que j’ai remis le vélo au garage avec la ferme intention de remettre les baskets rapidement et de ne plus y toucher. Mais voilà, la douleur est la douleur, et le choix est toujours cornélien (alors qu’il ne devrait pas l’être) lorsqu’il faut choisir de continuer, d’arrêter ou de modifier ses entraînements en fonction du mal ressenti.

Balade en cheval en Oisan

Alors ce choix des Alpes, un hasard? En fait oui et non. OUI car la montagne ça vous gagne!!! (comme la Bretagne…) et que les vacances d’été à la plage ce n’est que moyennement mon dada, et NON car une bonne oxygénation ne peut-être que bénéfique pour le corps et l’esprit. CQFD A.S.I.C.S (Anima Sana In Corpore Sano, un corps sain dans un esprit sain…du coup je partais de loin…).

Le choix final de la destination fut effectif une semaine avant de partir. Du coup, deux de mes neurones se sont connectés et je me suis mis dans l’idée que de tenter de grimper l’Alpe d’Huez serait finalement une bonne alternative à la course à pied. J’ai rapidement trouvé un vélo digne de ce nom(merci à la personne qui me l’a prêté) et j’ai effectué un entraînement avant de partir (j’ai monté 10 fois la côte de l’épan, près du lac de joué, 360m de long). Et c’est tout. Comme j’ai eu trop mal au cuisse le lendemain j’ai jugé opportun de garder de la fraîcheur pour monter l’Alpe. Pour le reste de mes vacances je me contenterai de randonner pour entretenir un semblant de forme physique, avec pourquoi pas une deuxième sortie vélo, mais bon je ne partais pas très optimiste. En effet, l’analyse des dernières semaines se résumaient ainsi : peu d’entraînement + hygiène de vie estivale (je me lave quand même…)😅
Alors, alors?
Alors le jour J approche. Un minimum de sérieux est à mettre à mon crédit, puisque vouloir grimper l’Alpe d’Huez est une chose, le faire en est une autre. Donc j’ai porté un minimum d’attention à la montée en analysant le profil de celle-ci, le voici ci-dessous:

Profil de l’Alpe d’Huez

Vous remarquez comme moi cette farandole de couleur, du rouge, du orange, du bleu, du vert. Les couleurs correspondent à la difficulté, et les chiffres en bas au pourcentage de montée, avec pour la ligne horizontale du bas les kilomètres à parcourir pour arriver en haut et sur la ligne verticale à gauche l’altitude.
C’est relativement simple à comprendre, sauf que, tout cela est bien sympa mais une pente à 10%, c’est dur, un peu dur, très très dur, super facile…? Les spécialistes vous diront que tout dépend à la vitesse que vous montez, mais quand même, je me posais bien des questions sur mes capacités à monter ce col, à arriver jusqu’en haut, à quelle vitesse et en combien de temps?
Bref autant d’interrogations dont les réponses se trouvaient là, juste sous mes yeux, puisque j’arrivais enfin au pied du col…en voiture (quand même, je n’allais pas faire toute la route de Tours à l’Alpes d’Huez en vélo)!
Nous étions le vendredi 13 août.
Le lendemain serait le jour J, l’heure de vérité, l’aube ou le crépuscule d’une pseudo carrière éphémère (une semaine maxi) de coureur cycliste.

Jour J: L’heure de gloire?

Linaigrettes

Le voilà ce jour J, le temps est variable avec quelques éclaircies et quelques nuages, la température plutôt fraîche, le vent faible. Autrement dit des conditions idéales. Pour bien me préparer j’ai décidé d’utiliser les grands moyens et je vous livre mon secret de préparation ci dessous…😂
Une fois ingurgitée une potion magique, il me fallait maintenant puiser en moi les forces vitales afin d’atteindre mon objectif, à savoir atteindre le sommet. Alors au delà de l’appréhension qui s’est installée au fur et à mesure que cet événement approchait, il y avait une certaine excitation. Je m’étais quand même fixé 2 objectifs : le premier étant bien sûr d’arriver en haut du col, le second était de le faire sans poser le pied au sol, donc s’accrocher quoi qu’il arrive pour arriver au sommet sans s’arrêter.
Dernières vérifications: contrôle des freins, pression des pneus, serrage des roues et pour une minute de plus la vidange (il ne faut pas partir la vessie pleine…).
La tenue est enfilée, le casque serré.
Nous sommes le samedi 14 août, il est 8h36.

Et c’est parti!

La route qui me mène au pied de l’Alpe commence…par une montée!! En fait je dois emprunter une route touristique de 3km qui m’emmène de Villard Reculas à Huez, puis descendre d’Huez au pied du col, faire demi-tour et, et grimper le col! Alors c’est parti et cette petite montée offre un panorama exceptionnel sur la vallée de l’Oisan, le pourcentage est d’environ 6-7% et je trouve cela déjà dur. Je fais donc demi-tour et je rentre à la maison!!!
Non je déconne😂! En fait j’arrive en bas du col relativement frais (il fait 7-8°) surtout parce que ce n’est que de la descente. Je ne vais pas trop vite car je n’ai pas vraiment l’habitude du vélo et je me rend compte que c’est déjà long pour arriver en bas…et qu’il va falloir tout remonter!
Alors j’y suis, au pied du col. Un demi-tour, une épaisseur en moins sur le haut du corps et me voilà parti sur les premières pentes. Les premiers mètres m’indiquent déjà qu’une pente à 10% c’est dur, mais le tout est de prendre le bon rythme afin de pouvoir arriver en haut sans dommage.

En plein effort avec que du matériel d’emprunt

Les coureurs sont parsemés dans la montée du col et lorsque vous en apercevez un au loin il vous prend l’envie de vouloir le rattraper (maudit esprit de compétition!!!), ce qui peut engendrer des graves dégâts physiques par la suite.
Alors je pédale et j’arrive enfin à La Garde d’Oisans, ce qui signifie que les pentes les plus coriaces sont derrières moi. Mais je n’ai fait 2,5km et il m’en reste encore11,5km! Le parcours que je fais est celui du Tour de France, un panneau indique le départ au pied du col et un autre à la sortie de la station sur lequel est inscrit « Arrivée ».
La particularité de cette ascension est que chaque virage est numéroté dans un ordre décroissant. Il y a en 21, et sur chaque panneau sont inscrits les noms des prestigieux vainqueurs au sommet de l’Alpe. C’est un marketing touristique bien pensé, puisqu’à la vitesse où je vais j’ai le temps de lire les noms de Pantani, Armstrong ou encore Bugno. L’autre particularité de ces virages est qu’ils sont plats, ce qui à le bon goût, pour moi, de pouvoir récupérer pendant quelques secondes (les vrais cyclistes en profitent eux pour relancer l’allure!).
L’ordre décroissant favorise la pensée positive et vous encourage, plus que 21,20,19…15,14,13…8,7…et hop, je suis arrivé à Huez .
Plus que quelques virages.
Je commence à trouver le temps long car même les pourcentages à 7% sont usants, les jambes faiblissent et la lucidité s’effiloche de plus en plus. Puis vient le temps de l’effort, le vrai, celui qui consiste à ne plus penser ou plutôt à ne penser qu’à une chose: Terminer! Les kilomètres s’allongent, et les jambes brûlent sacrement. Assis, debout, assis, debout, pas une position ne vous soulage vraiment.
Alors j’aperçois au loin les des photographes professionnels (2) qui sont là pour immortalisé l’instant (vous pouvez par la suite achetez votre photo dans leur boutique). J’esquive un sourire et continue de pédaler, je ne veux pas m’arrêter. En levant les yeux, la station se rapproche et un panneau de soulagement s’offre à moi : « Itinéraire officiel du Tour de France, Arrivée à 4km« .
Voilà le plus long du voyage est derrière moi. Je croise le regard d’un cheval, les premiers touristes de la station. J’y arrive.
Dernier virage et là un dernier effort m’attend avec une route qui s’élève brusquement. Je sais qu’au bout de cette portion il y a un bar avec un vélo jaune en bois. A cet endroit je sais que le dernier kilomètre tourbillonne entre faux plat montant et descendant, alors je me mets en danseuse, debout sur les pédales, et dans un dernier élan de courage me hisse vers la gloire, enfin ma gloire personnelle…

Le panneau de la délivrance

C’est fait, la route descend, chavire à gauche, à droite, remonte doucement puis bascule sur la gauche en descente vers le dernier rond point qui vous indique l’arrivée à 300m. 300m de faux plat montant. J’aperçois le panneau d’arrivée. J’essaye de sprinter mais me rassoies de suite, les jambes ne suivent plus, jusqu’à cet instant précis où la roue avant franchit la ligne, avant moi(…le contraire serait bizarre, non?😁). Puis c’est tout mon moi qui s’éveille, je l’ai fait.
Je suis heureux.
Simplement.
Je m’arrête et stoppe le chrono.
Il m’aura fallu 1h08’56 » pour faire les 13,80km, soit une allure de 12km/h.
Bien? Pas bien? Je n’en sais rien et l’important est ailleurs. Je me répète encore que je l’ai fait. Je suis dans un cyclone de sensations, entre joie, fatigue, douleur et un doux sentiment euphorique. Mais il faut rentrer. Heureusement c’est le réconfort du grimpeur: la descente (pas celle du lit….). Je me recouvre, je prends une photo souvenir et c’est avec cette douce sensation d’ivresse que je regagne mon chalet.
Douche, récupération, étirements, l’après est bien plus facile.
Néanmoins des questions se posaient à moi : comment allais-je récupérer, est-ce que je pourrais refaire du vélo cette semaine? Autant de réponses que je n’aurais que le lendemain.
Alors quand on y pense autant se remplir la panse pour panser ses plaies et penser à repasser par la case départ le jour suivant : l’éveil du matin qui vous pousse à contempler le sommet de votre exploit d’un regard aguerri et apaisant.
Demain sera un jour nouveau, mais l’expérience sera là.

Jour J1: Belotte ou Rebelotte?

Ohoh, un compagnon inquiet de me voir sur un vélo

Le matin suivant la descente des marches a été rude pour mes jambes. Ma démarche s’était robotisée et j’aurais préféré ressembler à Robocop lors de la montée d’hier!
Mais ce matin là je me suis souvenu d’un vieux remède de grand-mère. Qui n’a jamais eu une soirée un peu trop arrosée (à l’isostar?) avec un réveil difficile le lendemain et une vision altérée? Pas moi bien sur, mais j’avais entendu dire que le meilleur moyen de relancer la machine était de boire une petite poire au réveil afin d’être un nouvel homme. C’est donc ce que j’ai fait. Non je n’ai pas bu une petite poire, mais j’ai renfourché mon vélo et décidé de regrimper l’Alpe. Ceti pa maginable? Ben si!😜
Me voilà donc reparti au pied du col (vous connaissez le chemin maintenant…ainsi que la montée). Dès les premiers mètres ça brûle les cuisses, et dès les premiers mètres je me demande ce que je fais là. En fait la motivation d’atteindre le sommet n’était plus tout à fait la même. En effet, j’avais atteint mon objectif la veille, alors je n’avais plus rien à me prouver, mais je l’ai fais parce que je crois que le plaisir de cet effort continu s’était installé en moi. Grimper était devenu une passion et non plus un besoin.
L’ascension m’a paru beaucoup plus longue, et dès le départ le coup de pédale était haché. Ce qui m’a sauvé en ce dimanche était le nombre de cyclistes qui se trouvaient sur la route: toujours un point de mire, une solitude moins présente et finalement une ascension qui s’est faite dans une douleur présente, mais contenue. Et la surprise vînt au moment de regarder le chrono qui, malgré la fatigue de la veille, était de 30 secondes inférieur😮.
J’ai donc regagné mon logis avec une certaine satisfaction, j’avoue. Mais là je pensais avoir atteint le bout et j’avais donc programmé une nouvelle ascension pour le jeudi. Le vélo était bien rangé dans son coin, avec toutes mes affaires de nouveau cycliste. Le tout ne devait être réutilisé que dans quatre jours. Mais voilà, tout ne s’est pas déroulé comme prévu, et il y a les impondérables de la vie…

Quand il fait chaud sur le vélo on pense à ça

Jour J2: Jour de Tonnerre

Les virages du col de la Sarenne

Ce matin là en ouvrant les volets, j’ai su que cette journée ne serait pas comme les autres. Le ciel était sombre, le tonnerre grondait et la pluie battante venait violemment finir sa chevauchée sur les tôles du chalet. Un brouillard tenace circulait sur les lacets du col. Un temps de chien dit-on, je peux vous dire que le mien n’avait pas envie de sortir!
Il est 9h30 et aucune activité extérieure à l’horizon. Cloîtré, je scrute l’horizon en vain, la seule amélioration se trouve alors dans l’intensité de la pluie, qui diminue. Le ciel commence a déverser ses flots par intermittence, mais on n’y voit rien et il fait froid, même très froid pour un mois d’août. Mais je bouillonne et je commence à me dire que plutôt que de ne rester à rien faire ne vaudrait-il pas mieux sortir et respirer l’air de la montagne.

Un cycliste équipé pour la pluie?

Je ne voulais pas refaire l’Alpe d’Huez, j’ai donc cherché un autre col à gravir.
J’ai jeté mon dévolu sur le Col de la Sarenne, un col qui démarre près du lac Chambon pour s’échouer à quelques kilomètres du sommet de l’Alpe. La feuille de route était établie et une fois la tenue de pluie enfilée je me suis dirigé dehors pour affronter cette nouvelle montée. J’étais un peu inconscient car après les deux montées de l’Alpe d’Huez des deux derniers jours je n’avais franchement plus de cuisses. Par contre j’avais le moral et l’insouciance du débutant.

Le départ sous la pluie

J’avais le profil du col, 12km de montée avec une fin assez dure…et un début aussi! La seule interrogation résidait quant à la route pour m’y rendre. J’ai vite compris ma douleur. Alors que je pensais simplement descendre dans la vallée pour atteindre le lac, il m’a fallu affronter les premières pentes du col du Lautaret, autant dire que je me serais bien passé de ce genre de surprise, d’autant que la descente de l’Alpe d’Huez sous la pluie avait déjà était laborieuse.

Profil du Col de la Sarenne

Je savais le premier kilomètre plus dur que les passages les plus forts de l’Alpe d’Huez, mais je savais aussi qu’après j’aurais un autre kilomètre pour récupérer. Néanmoins j’ai vite compris dans quelle galère je m’étais engagé. Les fines gouttes de pluie passaient devant mon regard hagard qui s’effondrait sur le bitume…mais elles rafraîchissaient mes cuisses bouillonnantes. Cette route étroite laissait filtrer le peu de lumière présente ce jour là, jusqu’au moment où je suis arrivé à Mizoen, synonyme de réconfort.
La portion à 2,4% m’a donné le sentiment d’être en descente, qui elle allait vraiment arriver quelques hectomètres plus loin. Le problème ce jour là, c’est que lorsque la route est mouillée et qu’il pleut (j’avais rarement fait de vélo sous la pluie) il faut freiner très fort sur les freins pour ralentir, ce qui sur une portion abrupte est vraiment un exercice particulier, surtout quand il fait froid et que vos doigts restent constamment collés aux manettes de freins (cela deviendra un vrai supplice par la suite…).

Mais pas le temps de tergiverser car la route reprend ses droits et repasse à 9,6%, avant qu’un nouveau moment de réconfort s’ouvre à moi en arrivant à Clavant-le-Bas.
C’est à ce moment que j’ai commencé à regretter d’avoir pris le vélo ce jour là😣. Vous vous doutez bien que le nombre de cycliste sur la route était un nombre impair et inférieur à trois (autrement dit j’étais seul sur la route!😂). C’est donc après cette dernière bourgade que le revêtement commençait à être dégradé. Les pourcentages devenaient de nouveau intransigeants, à ce détail près que je n’étais qu’à mi-chemin du col, et là plus question de pause puisque même un passage à 13,5% m’attendait.
Lors de mes précédentes sorties je me suis toujours gardé une petite poire pour la soif, c’est à dire que ma chaîne se trouvait sur l’avant dernier pignon (pas à droite…), histoire que dans un moment de grande difficulté je puisse avoir une roue de secours avant de poser un pied à terre. J’ai tenu cette position jusqu’à la fin du 9ème kilomètre et le début d’un mur. Alors que la végétation se faisait de plus en plus rare les pentes se durcissaient de plus en plus à l’approche de ces 3 dernières encablures.

Ce fut l’apocalypse: pluie, brume, froid et souffrance. L’image la plus marquante de cette montée est le trèfle (logo de la marque Colnago) qui est gravé sur mon pédalier. Un bref regard vers l’avant, un long regard sur le pédalier..😵. Ce sera l’alternance jusqu’au sommet, à gauche toute pour la chaîne!
Finalement le froid avait l’avantage d’anesthésier la douleur. De ce fait j’ai réussi à arriver en haut du col, certes à un rythme de sénateur, mais arrivé en haut tout de même, car les trois derniers kilomètres m’ont vraiment semblé interminables.
J’aurais mis 1h05 à 12km/h de moyenne pour effectuer la montée.

Le sommet du Col, et je pensais en avoir terminé…

Mais alors que je me croyais tiré d’affaire (je n’avais quasiment que de la descente pour rentrer et environ 10km), j’ai du affronté un nouveau problème.
Lequel?
Et bien une descente continue dans le froid et avec la pluie…et sans gant sur les doigts (j’avais bien des gants de cycliste, mais ils ne recouvrent pas la totalité). J’étais bien couvert et je n’avais pas froid. Mais après 500m, je ne pouvais plus freiner correctement car je commençais à perdre les sensations aux niveaux des mains. De plus les patins arrières de mes freins étaient plus usés que ceux de l’avant ce qui se traduisait par des vibrations de la fourche avant à chaque fois que je voulais freiner plus fort. Cela devenait dangereux car si je relâchais le freinage je prenais de la vitesse, ce qui avait pour conséquences de m’obliger à freiner plus fort…un cercle vicieux😨.
J’ai dû observer un premier arrêt pour réchauffer mes doigts, en vain. Je suis quand même reparti mais 500m plus loin j’ai failli finir dans l’herbe. Mes doigts étaient gelés, et finissaient par coller aux manettes. Par précaution je partais toujours avec mon téléphone et c’est un peu déçu que j’ai été contraint de faire appel à la voiture balai😭.
J’ai conservé les stigmates de cette expérience pendant 2 jours, le bout de mes doigts qui me servaient à freiner étant tous blancs. Dommage, j’aurais bien aimé aller jusqu’au bout, mais il faut parfois raison garder…d’autant plus qu’une belle journée de soleil était annoncée pour le lendemain.

Jour J3: Que du bonheur (enfin presque)!

Le soleil était au rendez-vous de ce mardi 17 août. A proximité de mon chalet se trouvait le col de la Croix de Fer. D’une longueur de 25km, il n’augurait rien de bon pour mes cuisses, mais avec la belle matinée qui s’annonçait je ne pouvais me permettre de ne pas le fer…euh le faire!😜

Profil du Col de la Croix de Fer

C’est donc fatigué mais enthousiaste que je suis parti ce matin là, et je n’allais pas être déçu. Pourquoi? Parce que l’ascension allait être superbe, non pas que j’allais l’effectuer à 30km/h de moyenne, mais parce que ce jour là elle s’est présentée à moi comme une femme qui laisse doucement glisser les bretelles de sa robe pour lentement la laisser glisser le long de son corps et finalement s’offrir nue à vos oeillades incandescentes…😳Le début de du col se fait au lac du Verney, et la route serpente sereinement dans la forêt, puis progressivement se déleste de ses sapins pour une végétation plus éparse.
Mais le vrai changement s’opère au kilomètre 12, une fois que les pourcentages augmentent. Une fois passé la cascade des Sept-Laux, le paysage s’ouvre à vous et le parcours vous fait longer de grandes barrières rocheuses, approcher le barrage de Grand-Maison et enfin arriver au sommet. Vous êtes alors dans les alpages avec une vue imprenables sur les Aiguilles d’Arves.

Le sommet du Col
La fameuse Croix de Fer
Les Alpages
Le Lac du Barrage de Grand-Maison
Les sommets environnants

Jour J4: Un repos bien mérité.

Enfin un peu de repos! Ce mercredi était dédié au réconfort car le lendemain j’avais prévu une nouvelle ascension de l’Alpe d’Huez. En effet, chaque jeudi l’office du tourisme de Bourg d’Oisan organise une montée de l’Alpe d’Huez chronométrée, mais celle-ci s’arrête 1,5km avant l’arrivée officielle du Tour de France. J’avais donc décidé de la faire ce matin là afin de grimper en compagnie d’autres cycliste venus pour l’occasion. C’est pourquoi je n’ai pas sorti le vélo et que j’ai récupéré…

Jour J5: Alpe d’Huez – le Chapitre Final.

Les virages de l’Alpe d’Huez

Cette fois j’étais décidé à battre mes chronos des premiers jours. Ma seule journée de repos serait-elle suffisante? Rien n’était moins sur, d’autant que la chaleur s’était invitée sur le parcours et que les portions ombragées sont rares. Me voilà donc arrivé au pied du col et je croise les nombreux coureurs venus défier les 21 virages. Après un demi-tour je m’élance à leur poursuite et forcément le fait d’avoir des cyclistes à ses côtés vous donne des ailes. Les relances sont plus fréquentes et je me sens bien. La chaleur n’affecte pas trop mon coup de pédale et je vais finir par arriver au sommet en 1h03′ avec une moyenne de 13km/h, soit 5min de moins que la première fois. Mon objectif était atteint, la l’effort avait été continu et plaisant, et je me demandais déjà ce que j’allais pouvoir faire le lendemain.

Jour J6: Histoire de…

Le temps maussade invitait peu au cyclisme, tout comme l’effort produit la veille. Malgré une bonne nuit sommeil, les courbatures se déchaînaient sur mon corps. Peut-être l’effort de la veille avait-il été trop violent? Peut-être ceux des jours précédents aussi?
Quoi qu’il en soit j’allais quand même chevaucher ma monture pour escalader l’Alpe d’Huez (en partie) par son versant nord. La montée totale fait 21km, mais mon lieu de résidence se trouvant sur le parcours j’allais donc y terminer ma course ici, à Villard Reculas.

L’Alpe d’Huez par son versant nord jusqu’à Villard Reculas

Les pourcentages sont relativement plus faciles de ce côté là, mais quand vous en avait plein les pattes ils vous paraissent bien plus durs!
J’ai donc monté les 10km tranquillement, histoire de…
Car j’avais dans un coin de ma tête un défi bien plus grand, un truc de fou pour un cycliste en herbe comme moi. J’étais rassasié avec l’Alpe d’Huez, mais la fin des vacances approchant je voulais réaliser mon exploit, une sortie indélébile qui resterait un pari fou réussi. Même si physiquement je peinais, j’avais la tentation de faire d’une pierre deux coups lors d’une dernière sortie qui devait s’achever sur un des cols mythiques du Tour de France.
Lequel? La suite se trouve juste en dessous.

Jour J7: Le Défi Ultime.

Que le temps passe vite! Il est presque l’heure de faire les bagages et de remballer les affaires. Mais plutôt que de m’apitoyer sur cette fin inéluctable je préfère rassembler mes dernières forces afin de relever mon dernier challenge. Il faut toujours garder le meilleur pour la fin, n’est-ce pas?
Alors ce samedi 21 août devait être la cerise sur le gâteau. Et j’avais eu un beau gâteau pour cette semaine, il me fallait donc une cerise énorme pour finir, voir un duo!
Mon choix s’est porté sur une double ascension: les cols du Lautaret et du Galibier, soit un peu plus de 43km de montée!
Le Lautaret fait 35km et le Galibier 8km. Les pourcentages ne sont pas extrême, mais la longueur oui, surtout en fin de semaine.
Peu importe, je pensais gérer l’effort à ma manière, conserver mon rythme, ne pas se mettre dans le rouge et ne penser qu’au prochain kilomètre sans penser à la distance restante. Sur le papier cela paraît simple, la grosse inconnue est le temps que je vais passer sur la selle. Pour cela je m’étais bien alimenté avant de partir et j’avais pris avec moi 2 bananes et 2 bidons remplis. Et je me suis lancé à l’assaut de ces 2 cols!

Profil du Col du Lautaret
Profil du Col du Galibier

Le col du Galibier se situe à la suite du Lautaret, sans interruption. La deuxième inconnue était de savoir comment se déroule un effort à plus de 2000m, et surtout à 2600m pour le final!
Je connaissais déjà les premiers kilomètres du Lautaret pour les avoir empruntés pour monter le col de Sarenne. Encore frais au départ il ne m’ont pas posé problème. Ce qui a été le plus désagréable lors de cette montée fût le trafic. En effet je me suis retrouvée sur la route nationale qui relie Grenoble à Briançon. Autant vous dire que nous sommes samedi et que les gens rentre chez eux. Dans les deux sens la circulation est dense. Mais il y a pire que la circulation : les tunnels!!! J’avais endossé le maillot jaune…fluo d’un gilet de sécurité (celui offert à la corrida de Loches…) car dans les tunnels c’était obligatoire. Je n’avais point de lumière sur le vélo.
Il y a trois choses qui m’ont marqué dans les tunnels : en premier lieu la visibilité réduite sur la route car il était parfois impossible à certains endroits de voir la chaussée et j’ai toujours craint un trou ou un revêtement hasardeux, en second c’est l’air qui est irrespirable, cela ne pose pas de problème dans la descente mais en montée c’est vraiment désagréable, et enfin la chose la plus effroyable est le bruit car à certains moments j’avais l’impression d’avoir la tête collée à un moteur de Harley Davidson. Cela vous fait prre la tête carvous n’avez aucune idée de sa provenance. J’ai eu 6 ou 7 tunnels à passer, et ce fût à chaque fois un moment de stress.
Ce n’est qu’à partir de La Grave que l’ascension devient plaisante, j’ai alors retrouvé un beau paysage de montagne avec au loin les neiges éternelles…Ah si mes ressources avaient pu être éternelles, j’en aurai moins ch***!

Malgré les pourcentages accessibles, la montée est devenue de plus en plus difficile et je me demandais comment je pourrais enchaîner avec le Galibier. Quand vous commencer à trop cogiter ce n’est jamais très bon, alors je me disais que c’était le dernier jour, ma dernière montée, ma dernière séance…
J’ai donc réussi à atteindre le sommet du Lautaret en 1h54′ à 18km/h de moyenne.

Sommet du Col du Lautaret

Après un mini pause technique (vidange et remplissage des bidons), j’ai bifurqué sur la gauche et débuté la montée du Galibier.
Bizarrement je me suis senti beaucoup mieux à ce moment là. Je n’ai pas ressenti les effets de l’altitude, pas pour le moment… Ce qui était merveilleux à ce moment précis c’était l’environnement.

L’air se rafraîchissait, le bitume ocre ouvrait le chemin d’alpages verdoyants, les sommets enneigés m’entouraient, j’en oubliais presque l’effort. Mais j’ai vite été rappelé à l’ordre par Dame Nature. La fatigue et l’altitude ont commencé à avoir raison de moi. Deux à trois vertiges m’ont envahi pendant quelques secondes et il m’a fallu ralentir un peu l’allure pour rester en selle.
Puis vînt le coup de grâce, les derniers 500m(voir graphique).

Incroyable final.

A 500m du sommet la route tourne à droite et s’élève d’un coup, un pente raide qui vient vous lacérer les muscles alors que vous avez le sommet en point de mire. A gauche toute pour les rapports, un rythme de pédalage qui dégringole et me voilà scotché à la route avec le regard assis sur mon pédalier. Je n’avance plus, je suis si lent que je me demande si je ne suis pas à l’arrêt et que ce n’est pas la montagne qui bouge autour de moi. Je jette un dernier regard devant moi, il me reste 200m. Je m’accroche, titube un peu mais finalement j’arrive en haut, enfin!
La délivrance!
40′ à 12,7km/h de moyenne, un final accrocheur et un défi relevé💪.

Le sommet du Col du Galibier

Je l’avais fait!🤘😀🤘😀🤘😀

Trois coureurs de l’équipe AG2R étaient arrivés au sommet par l’autre versant, ils mangeaient des bananes, j’en ai fait de même. Je pensais à la descente. cela faisait 3h11 que j’étais parti, mais le retour s’annonçait glorieux, plaisant et jouissif.
Que c’est agréable de dévaler les pentes par beau temps.
C’est en descendant que je me suis rendu compte de la distance parcourue. Je savourais ces derniers kilomètres sur le vélo, je pensais à toute cette semaine de vélo.
Je me disais qu’en arrivant je n’vais prévu de faire que 2-3 sorties et que finalement j’avais roulé presque tous les jours.
Avec le recul je me dis quelle chance d’avoir pu le faire, et même si le vélo n’est pas mon sport, il a l’avantage de vous faire découvrir en peu de temps de nombreux paysages.
J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à rouler, et même si ce fût parfois très dur, je pourrais le refaire.
La matinée prend fin. 107km et 4h33′ après, je range le vélo. C’est terminé pour de bon, après 360km dont 140km de montée.
Je suis exténué, mais heureux.😃
Mes baskets me font un appel du pied, il est temps de changer de monture.
De nouveaux horizons m’attendent, il est temps de partir.
Mais je suis sur que cela ne sera qu’une parenthèse et que je retrouverai bientôt les sommets, non?…🤔

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